Dimanche 1 novembre 2009

Dans son film La Cabale, diffusé ce soir, mardi 28 octobre, sur France 5, le documentariste Mathieu Verboud revient sur la genèse de la guerre d’Irak et sur la philosophie politique des Etats-Unis, toujours prompts à guerroyer du moment que le business militaro-industriel a à y gagner.


Rappelons-nous ce chiffre : durant le XXe siècle, les Etats-Unis ont dépêché des troupes dans près de trente Etats (sans compter les deux guerres mondiales).

C’est avec une image du mémorial du corps des Marines des Etats-Unis, à Washington, que commence ce documentaire. Sur le socle de ce célèbre monument représentant le prise d’Iwo Jiwa, sont inscrits les noms des grandes batailles américaines. Dernier nom gravé : l’Irak. Mais il y a encore de l’espace sur le socle. Beaucoup d’espace. Et les dirigeants de Lockheed, Halliburton, Blackwater peuvent se frotter les mains. Tant que l’on fera vibrer la corde patriotique, nationaliste et revancharde, tant que l’on dira au peuple américain qu’il doit combattre pour la liberté, ils accumuleront les dividendes. Pour comprendre la guerre d’Irak, il faut se rappeler les avertissements que lança en 1961 un certain Eisenhower et, bien avant lui, le général Smedley Butler. Le complexe militaro-industriel veille, les
lobbies veillent pendant que tout le monde dort. Mais il y a lobby et lobby et Mathieu Verboud ne tombe pas dans les travers des complotistes.

Sur la guerre d’Irak, on croyait tout savoir. Mathieu Verboud ne nous apprendra rien de nouveau. Son intention est claire : "apprécier les symptômes liés à la guerre d’Irak, à la genèse de cette guerre, puis réfléchir plus largement à l’addiction américaine à la guerre depuis un demi-siècle." Mais il apporte un éclairage nécessaire. Il clarifie. Il dépouille volontairement son film. Choisissant de ne faire intervenir que deux protagonistes - Karen Kwiatkowski, ex-militaire de carrière, et Joe Trento, écrivain -, et utilisant à bon escient les images d’archives, il nous explique comment et pourquoi la guerre d’Irak a lieu. Pourquoi, quel que soit le nom du prochain locataire de la Maison-Blanche, elle a toutes les chances de continuer, et pourquoi elle peut s’étendre à l’Iran. Désespérant, mais salutaire.


Mathieu Verboud répond aux questions d’Olivier Bailly


Olivier Bailly : Avez-vous rencontré des difficultés pour tourner ce documentaire ?
Mathieu Verboud : Si l’on entend par difficultés des blocages institutionnels divers et variés, aucune difficulté. La parole sur ces questions-là est assez libre en Amérique. C’est le paradoxe. Des choses extrêmement importantes sont dites. Aujourd’hui, il est admis par tout le monde, y compris par les gens qui étaient partisans de la guerre d’Irak, qu’il y a eu mensonge sur la genèse de cette guerre, mais rien n’embraye derrière. C’est un phénomène qu’on observe partout : des gens disent des choses, on sait que c’est là, mais on regardera plus tard car ce n’est pas encore prêt dans les esprits.

OB : Avez-vous rencontré des difficultés pour le diffuser en France ?
MV : On l’avait proposé à une chaîne qui venait d’acheter un autre documentaire américain qui focalisait uniquement sur le Bureau des plans spéciaux et qui, ayant acheté ce film-là, ne pouvait plus acheter le mien. Il a fallu apparemment qu’on insiste auprès de France 5 pour qu’ils le prennent. Evidemment pour eux tout ça est extrêmement mélangé. Entre la guerre d’Irak qui a échoué, l’autoritarisme de Rumsfeld, la folie guerrière, la genèse de la guerre d’Irak... Quand vous arrivez avec une information qui pointe l’aspect très caractéristique et très inédit de la genèse de cette guerre - le film le dit : c’est la première guerre de toute l’histoire des Etats-Unis qui n’apporte rien de positif au pays. Du point de vue négatif au contraire, il n’y a que des recettes -, lorsque vous arrivez avec une information comme celle-là la chaîne dit « très bien on le prend » et comme ils vous sentent en position de force ils vous préviennent : « Attention, ne faites pas un film conspirationniste parce qu’avec ce que vous allez dire-là n’importe quel clampin peut s’autoriser tous les commentaires débiles... » On leur a donc dit qu’on faisait un film sur le complexe militaro-industriel.

OB : Vous ne révélez rien, mais vous apportez un éclairage plus large sur la genèse de la guerre d’Irak. N’est-ce pas ce qui a manqué dans les analyses de ce conflit ? On s’est focalisé sur le 11-Septembre, y voyant une cause.
MV : Dès qu’on parle du 11-Septembre, on est forcément toujours amené à répondre à des questions sur les seuls qui sont connus pour travailler en permanence sur le 11-Septembre, c’est-à-dire « les théoriciens du complot ». Malheureusement, on n’entend personne d’autre réfléchir à la question, on ne sait pas ce que font les historiens, par exemple. Je ne me situe pas par rapport à ces gens-là ni par rapport à d’autres, ils posent des questions, comme tout le monde. Je ne révèle rien parce qu’on sait que la genèse de la guerre d’Irak, que l’analyse globale de ce conflit, sous-pondère l’aspect genèse.
Même s’il y avait eu un but de guerre « entendable », la guerre d’Irak aurait probablement été un fiasco, Abou Ghraïb aurait été là et ça aurait suffi à ce que cette guerre ait été une « guerre dégueulasse ». Il se trouve qu’en plus il y a une complication en amont qui explique beaucoup de choses et qui selon moi est très caractéristique, c’est Abou Ghraïb. Ils ont été jusque-là. Abou Ghraïb c’est un drame, un scandale, mais c’est la conclusion d’un état d’esprit et de pratique politique.

Et c’est autrement plus compromettant de créer une guerre à partir de rien que de faire une bavure dans une prison. C’est comme décrire la famille en occultant systématiquement le rôle de la grand-mère. Effectivement, dans ce film, je dis « la grand-mère existe », on me répondra « on le savait ». Eh bien alors pourquoi vous ne le dites pas ! Je ne vais pas reprocher aux autres de ne pas dire ce qu’ils ne disent pas, mais avec ce film j’ai observé deux symptômes : d’abord je pense que la genèse de la guerre d’Irak, à elle toute seule, est un symptôme infiniment plus grave parce que c’est un chaudron dans laquelle on fabrique les guerres.

On ne fabrique pas une nouvelle guerre avec Abou Ghraïb, tandis qu’avec les méthodes qui ont été employées dans toutes les guerres d’Irak on fabrique la matrice de toutes les guerres à venir. Je parle de la guerre qu’on crée sur un coin de table, la guerre sans but, sans intérêt pour le pays, et la guerre éternelle sans aucune définition claire de la victoire. Donc on crée la matrice de la guerre parfaite. Evidemment, on va prendre un moustachu pas sympathique et même particulièrement odieux qui s’appelle Saddam Hussein et, pour peu qu’il y ait eu un attentat quelques jours avant, ça fait l’affaire.

La deuxième chose, c’est qu’il faut toujours dézoomer. On me parle de la guerre d’Irak, moi je préfère parler de la genèse de la guerre que de son déroulement. Ensuite, on me parle de l’appétit des Américains. Là pareil, avant de prononcer un quelconque mot, je dézoome et je me rends compte qu’avant moi il y a une poignée de gens, des conspirationnistes, mais aussi le président Eisenhower qui l’a dit - mais le problème c’est qu’à l’époque d’Eisenhower il n’y avait pas de marketing, pas de Cheney qui était un gamin, c’étaient les années 60. Eisenhower vous dit que c’était déjà là. Puis vous allez voir le personnage principal de votre film qui vous dit que quelqu’un - Smedley Butler en l’occurrence - l’a dit encore vingt ans avant Eisenhower...


Aujourd’hui, des gens vous expliquent à la télévision que l’amiante est dangereux. Ceux qui travaillent sur l’amiante savent que les effets nocifs de l’amiante ont été documentés par la médecine dans les années 10. A la seconde où vous savez ça, cela change tout. Cela signifie que la médecine du travail était complice des entreprises, et maintenant c’est quelque chose qui est reconnu par tout le monde depuis soixante-dix ans.

Les responsabilités sont décuplées à l’instant où vous apprenez que la médecine du travail le savait. Après, il y a un autre problème. Si vous dites « prendre de l’héroïne ce n’est pas bon pour la santé », on va vous répondre « on le sait depuis longtemps, vous n’apportez rien de nouveau ». Effectivement, comme tout le monde le sait et que tout le monde sait qu’on le sait depuis très longtemps, il n’y a rien à dire à tout le monde.

Là, je remarque qu’il y a une chose que l’on sait lorsqu’on va chercher le bouquin sur l’étagère, à savoir que tout a commencé il y a déjà un siècle, mais que chaque jour où l’on en parle on fait semblant de croire que c’est arrivé hier. Non ! Les choses ont une histoire, voilà, et on peut voir dans tel ou tel aspect de la guerre d’Irak des choses nouvelles, comme par exemple la privatisation à outrance des services, ce qui n’existait pas à l’époque d’Eisenhower. En revanche, sortir le bâton dès qu’il y a un problème et taper, ça, ça ne date pas de Dick Cheney.

OB : Les néo-conservateurs pêchent-ils par idéologie ou par affairisme ?
MV : Ils sont connus pour prêcher dans les deux domaines. Ils sont connus comme tels par les services secrets américains. C’est le sujet d’un autre film que je prépare. Plusieurs des personnes impliquées dans la guerre d’Irak sont là depuis trente ans et depuis trente ans trafiquent, donnent des coups de tampon illégaux sur les exportations d’armes, jouent de leur influence, la monnaye et parfois sont directement impliqués comme intermédiaires. Ils sont connus y compris pour transmettre des secrets d’Etat à des pays étrangers comme Israël, par exemple.

OB : Quel que soit le nom de celui qui s’installera à la Maison-Blanche en novembre prochain, cela ne changera pas grand-chose par rapport au complexe militaro-industriel. Qu’est-ce qui pourrait faire changer la donne ?
MV : Entre le foudre de guerre Reagan et le foudre de guerre Georges W. Bush (je passe sur le père), on a eu Clinton pendant huit ans. Mais, si vous prenez Clinton et Georges Bush père, vous avez ce qu’on appelle des « modérés », des gens plus prudents, plus centristes, plus atlantistes, moins unilatéraux. Le business a prospéré quand même. Ajoutez à cela que les marchands de canons font des affaires y compris en temps de paix...

L’Amérique vend ses armes et, actuellement, ça marche du feu de Dieu, ils vendent de plus en plus. L’armement est également un outil d’entrisme économique. Le complexe militaro-industriel est vraiment au cœur de l’économie américaine. On sait d’ailleurs que globalement l’industrie de l’armement fait beaucoup tourner l’économie, c’est un lieu d’innovation, etc. Il se trouve que les Américains, pour donner un bonus aux accords de paix israélo-arabes des années 70, versent depuis cette époque-là, c’est tout à fait connu, plusieurs milliards de dollars par an en aide militaire gratuite qu’empochent les Israéliens et les Egyptiens.

Comme le disent beaucoup d’intervenants aux Etats-Unis, on peut se demander si cet argent que l’Amérique verse entre autres pays à Israël, en quoi cela a pu modérer Israël, la rassurer et est-ce que ça a pu générer une volonté, tant en Israël qu’aux Etats-Unis, d’aller vers des accords de paix avec les Palestiniens ? Apparemment non.
Il y a un gros aggiornamento qui a actuellement cours aux Etats-Unis à propos du lobby pro-israélien. Le seul problème, c’est que s’en distancier est extrêmement compliqué. La distanciation par rapport à ce lobby est aussi compliquée que de se distancier de la guerre d’Irak ou se distancier du pétrole.

OB : Vous évoquez l’Aipac, un lobby pro-israélien très puissant auquel tous les politiques, démocrates comme républicains, font allégeance.
MV : Un jour un congressiste a dit : « imaginez la puissance du lobby du bois lorsque vous êtes à Seattle, dans l’Etat de Washington. Vous êtes dans un Etat où si vous êtes contre le lobby du bois vous êtes mort politiquement. L’Aipac, c’est l’équivalent du lobby du bois, mais à l’échelon du pays. Les ministres reculent devant l’Aipac. L’Aipac fait atteindre aux motions qui défendent Israël au Congrès des scores brejnéviens. L’Aipac est légendairement connu à Washington.

Son patron politique vient de se faire arrêter pour espionnage au profit d’Israël, c’est l’affaire Franklin, un ancien collaborateur de Doug Feith, qui a donné des documents sur le programme nucléaire iranien à l’Aipac qui les a immédiatement transmis au Mossad à Washington. Tous les protagonistes ont été arrêtés et le directeur exécutif de l’Aipac, connu comme le loup blanc à Washington, Steve Rosen est actuellement au trou pour avoir transmis des informations à Israël, le collaborateur de Douglas Feith est au trou également pour les mêmes raisons. Le procès qui devait commencer il y a un an, que je devais filmer il y a six mois en est à son neuvième ajournement. C’est le procès impossible. La défense veut faire citer à la barre Cheney, Condee Rice, etc.

Il se trouve que l’adjoint de Douglas Feith, Franklin, l’homme qui a fourni à l’Aipac les documents sur le programme nucléaire iranien qu’il avait dans son coffre au Pentagone, est parti pour douze ans en tôle. Certains m’ont dit qu’il était sorti alors que d’autres m’ont affirmé que non, il est bien en tôle ! Vous allez sur internet et vous ne savez pas si cet espion est en tôle ou pas ! Ce procès a terriblement gêné les grands médias parce qu’il exposait au grand jour la réalité de l’Aipac et c’est là où l’on voit ressortir un magnifique article de Seymour Hersch qui, un an avant son arrestation, avait rencontré le patron de l’Aipac et lui avait demandé comment fonctionnait l’Aipac, qu’est-ce qu’on y faisait, etc. Et le patron de l’Aipac lui avait répondu : « l’Aipac est comme une fleur vénéneuse : elle vit la nuit et se couche au petit matin ».

Des bouquins décrivent les membres de l’Aipac qui au moment d’une résolution se pointent juste dans les couloirs, ouvrent une porte où des gens sont en train de voter, passent leur tête à la porte. Dix, vingt personnes dans la salle savent ce qui se passe : le lobby est passé, il est temps de bien voter. Ils disent tous : si on se met contre ce lobby on se suicide politiquement.

L’Aipac est considéré par les congressistes américains comme le deuxième lobby le plus puissant des Etats-Unis après le lobby des personnes âgées. Et le troisième est le lobby des armes.

OB : Eh bien justement, terminons sur une personne âgée, le sénateur 
Robert Byrd, seule voix discordante au Congrès à propos de la guerre d’Irak. A-t-il dit tout haut ce que tout le monde aux Etats-Unis pense tout bas ?
MV : Je vais vous raconter une anecdote tirée du film The Israël lobby de la réalisatrice néerlandaise Marije Meerman : dans ce film, un historien anglais, Juif, critique vis-à-vis d’Israël, témoigne. Un jour cet historien, Tony Judt est à Paris. Il est avec un congressiste américain qui tient des propos sur le conflit israélo-palestinien qui lui semblent assez sensés. Il lui dit « je suis d’accord avec ce que vous racontez, vous avez une position équilibrée, il me semble que c’est quelque chose que vous ne racontez nulle part en Amérique publiquement ». Le congressiste opine. Et Tony Judt qui n’est pas dupe lui demande « Est-ce que vous faites ça parce que vous avez peur de perdre votre vote juif ? »

Le type sourit et lui répond : « Je viens d’une circonscription du Middle-West, je n’ai quasiment aucun Juif dans ma circonscription et de toute façon ils votent tous pour moi, donc je n’ai aucun risque de perdre des électeurs Juifs en disant publiquement ce que je pense du conflit israélo-palestinien. En revanche, si je le dis, la rétorsion viendra plus tard, elle ne sera pas forcément orchestrée dans le lobby, mais mes collègues en ont tellement peur que tout autre projet, toute autre requête ou résolution que je mettrais aux voix au Congrès à l’avenir seront systématiquement bloqués. Ça serait un suicide politique ».

Robert Byrd est trop vieux. Au pire, il fait encore un mandat, mais il est hors d’atteinte. C’est par ailleurs un personnage paradoxal puisque c’est un ancien membre du Ku Klux Klan...

Robert Byrd dit-il tout haut ce que tout le monde pense tout bas ? Quand vous avez une terreur collective, il y a une peur collective des uns des autres, du côté maccarthyste de l’administration Bush. S’opposer à la guerre c’est passer pour un anti-patriote, s’opposer à la guerre après le 11-Septembre c’est passer en plus pour un con, et derrière si vous rajoutez que le lobby vous guette en disant manque de pot, sur cette équation-là il y a l’ingrédient Israël, si vous votez contre c’est que vous êtes des traîtres... Pourquoi Obama à l’époque dit qu’il est contre la guerre ? Parce qu’il est encore trop petit, il peut encore se permettre de le dire. Dès que vous passez l’échelon au-dessus jamais vous n’allez prendre la position du maverick comme dirait McCain, du franc-tireur.

OB : Quels sont les rapports entre l’Aipac et Israël ? Car, après tout, l’Aipac n’est pas Israël...
MV : Ce n’est pas une courroie de transmission organique, c’est-à-dire qu’il n’est pas mandaté par l’Etat israélien. Imaginons que vous êtes un chanteur et que vous avez un club de fans. C’est pareil. Il n’est pas mandaté par vous, il peut même vous irriter. On sait qu’il y a des chanteurs qui ont douze clubs de fans et qui sont irrités par tel ou tel club de fans qui fait des trucs qui ne leur plaisent pas. Bon, voilà, c’est un club de fans auto-constitué qui rend malgré tout énormément de services au gouvernement israélien.

Sharon a sorti un jour une boutade : "Américains si vous voulez aider Israël, aidez l’Aipac !" Il se trouve que l’Aipac a fait une OPA. Il y a une chose très particulière en Amérique : il y a des milliers d’associations juives ou pro-israéliennes et l’Aipac n’est que l’une d’entre elles. Mais elle a pris un virage à droite et a mobilisé le débat sur un aspect très particulier qui est la politique étrangère américaine. Grosso modo vous pouvez être dans une association juive non politisée, qui n’affiche pas de position politique ni démocrate ni républicaine aux Etats-Unis, ni Likoud ni travailliste en Israël, mais à un moment donné, si par exemple il y a un pépin dans le monde avec Israël, vous allez vous en remettre à la ligne politique décidée par l’Aipac parce qu’il n’y a plus qu’elle qui se voit en Amérique...

Les deux questions qui suivent (ainsi que les réponses, bien sûr) ont été rédigées par Matthieu Verboud lui-même. Il les destinait au site web de France 5 qui a omis de les y faire figurer. Nous remercions Matthieu Verboud de nous autoriser à les reproduire.

Pourquoi ce film ?
Parce que l’heure est, une fois encore, à la guerre. Irak, Afghanistan, Georgie, demain peut-être l’Iran... Parce que les experts de ces questions évoquent aujourd’hui, non sans réelles inquiétudes, des perspectives tout simplement terrifiantes : Troisième Guerre mondiale, risque d’embrasement nucléaire, tout ça sur fond de reprise possible de la guerre froide. A chaque fois, les Etats-Unis sont au centre de l’équation. On ne le dit jamais parce qu’on l’ignore, mais ce pays représente aujourd’hui 75 % des dépenses militaires de la planète ! Ça fait beaucoup pour un seul pays, un pays qui ne représente que 5 % de la population mondiale. Bien sûr, l’Histoire témoigne que de tous les grands empires de l’Histoire, l’empire américain est sans conteste le plus démocratique, le moins barbare. Et pourtant, en un peu plus d’un siècle (guerres mondiales mises à part), les États-Unis ont fait peser le poids de leurs interventions militaires aux quatre coins du globe. Depuis cinquante ans, date de l’émergence du complexe militaro-industriel, le nombre d’interventions américaines dans le monde a tout simplement doublé par rapport au demi-siècle précédent ! Bien sûr, il ne s’agit-là que d’un chiffre grossier dans la mesure où le complexe militaro-industriel fait des affaires même en temps de paix, mais il témoigne néanmoins des perspectives colossales que les États-Unis offrent historiquement à leurs marchands de canons. Pour mémoire, le coût des opérations militaires américaines depuis le 11-Septembre avoisine désormais celui de la guerre de Corée.

En quoi la guerre d’Irak constitue un cas d’école ?
Parce que comme le disent nos personnages, elle incarne la guerre de l’avenir : la guerre sans fin, sans vainqueur, sans claire définition de la victoire, la guerre éternelle. Et aussi parce qu’en attaquant une seconde fois l’Irak en 2003, les Etats-Unis attaquaient un pays dont ils savaient eux-mêmes au-delà de tout doute possible qu’il ne constituait plus, et depuis longtemps, une quelconque menace militaire. L’un de nos deux personnages, le lieutenant colonel Karen Kwiatkowski, le raconte : dans les douze ans qui séparent les deux guerres d’Irak, les Américains et les Anglais ont lancé plus de bombes sur ce pays que sur le Vietnam ! Au fil des ans, la US Air Force en était à vider ses munitions sur des rochers. Il ne restait plus que ça à viser. Quelles que soient les raisons de se réjouir que l’on pouvait avoir à l’époque en voyant une démocratie chasser un dictateur sanguinaire du pouvoir, partir en guerre sur de telles prémices était un mensonge fait au monde, mais aussi un crime majeur contre la Constitution des Etats-Unis.

Crédit photo : Uppitynegronetwork (Dick Cheney)
 
Par olivier bailly - Publié dans : Mathieu Verboud
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Dimanche 1 novembre 2009

Interview de M. Seila Samleang, directeur de l’ONG « Action pour les enfants-APLE » au Cambodge à propos de la diffusion du documentaire de Paul Moreira, Pédophilie en Asie : des citoyens contre l’impunité, sur Canal+ lundi 10 octobre à 20 h 50 (il sera également rediffusé à 22 h 30 sur Canal+ décalé, mardi 11 novembre 2008 sur Canal+ décalé à 20 h 50 et lundi 17 novembre 2008 sur Canal horizons à 22 h 35).

C’est un document extraordinaire que diffuse Canal+ ce lundi 10 novembre en première partie de soirée. Le journaliste d’investigation Paul Moreira
a enquêté sur la pédophilie au Cambodge. Mais, plutôt que dénoncer ce scandale de manière frontale, il a préféré mettre en lumière l’incroyable travail d’une association qui œuvre chaque jour sur place pour démasquer les criminels, aider la police et la justice, faire prendre conscience au niveau régional et international du caractère inacceptable de la pédophilie.

Dans Pédophilie en Asie : des citoyens contre l’impunité, Paul Moreira suit l’ONG
Actions pour les enfants-APLE créée en 2003 par un Français : "cette ONG est constituée de 55 enquêteurs exclusivement cambodgiens, tous anglophones et rompus aux subtilités des outils numériques. Ils sont payés 10 fois plus que les policiers et sont devenus incroyablement efficaces dans leurs filatures et leur surveillance. Ils filment, photographient, constituent des bases de données. Paul Moreira a, explique-t-il, « découvert in vivo les défaillances de la police cambodgienne, la guerre des pressions entre l’ONG et des officiels corrompus qui protègent les criminels. Nous avons montré comment les hommes de l’ONG recrutent de simples taxis ou gardiens d’hôtels pour en faire des alliés. Ainsi ont-ils pu démanteler un réseau de cyber-pédophilie particulièrement opaque dans une intervention spectaculaire. Ce film explore l’apparition d’autorités parallèles dans un pays où l’Etat est défaillant ».

En exclusivité pour les RDV de l’Agora, M. Seila Samleang, directeur de l’ONG « Action pour les enfants-APLE » au Cambodge, a bien voulu répondre par mail à nos questions. Nous le remercions pour sa disponibilité.


Olivier Bailly : Quand Paul Moreira a-t-il pris contact avec vous ? Avez-vous été surpris qu’un Occidental s’intéresse à vous et travaille sur ce sujet ?
Seila Samleang : Il a d’abord contacté notre président, en Inde, et nous nous sommes rencontrés seulement au début de l’année 2008. De nombreux médias occidentaux ont déjà parlé de nos activités dans des émissions ces cinq dernières années, mais le reportage que Paul a réalisé est à ce jour le plus long diffusé à la télévision. Nous coopérons toujours avec enthousiasme avec les médias parce qu’ils jouent un rôle important dans la diffusion de messages vers le monde concernant les poursuites, les condamnations et les peines de prison en rapport avec la pédophilie au Cambodge. Nous sommes également fiers parce que nous sommes un partenaire très fort du gouvernement dans la lutte contre les crimes sexuels sur les enfants.

OB : Le fondateur de votre ONG est Français. Comment a-t-il créé cette ONG ?
SS : Il a créé cette ONG quand il est venu au Cambodge pour effectuer des recherches sur la pédophilie. Cela a provoqué chez lui un choc de voir des enfants des rues être victimes de sévices sexuels, dans des pensions de famille ou même dans des lieux publics. Les auteurs de ces crimes restaient impunis car la plupart des victimes ne disaient rien à cause des cadeaux ou de l’argent qu’ils recevaient et de fait la police ignorait l’existence de ces crimes.

OB : Êtes-vous la seule ONG de ce type au Cambodge ?

SS : Nous sommes les seuls au Cambodge à travailler directement avec la police pour les poursuites, les condamnations et peines de prison de pédophiles qui agissent principalement en dehors des maisons de prostitution. Nous sommes les seuls qui effectuons des investigations sur les individus ou sur les réseaux de pédophiles. Nous le faisons à travers des contacts, via les enfants des rues, les orphelinats ou les familles des enfants. Il y a peu d’ONG qui travaillent sur les abus dans le domaine du tourisme sexuel.

OB : Quels sont vos rapports avec la police et la justice ? Ont-ils évolué depuis 2003 ? Vous prennent-ils au sérieux ? Jusqu’où pouvez-vous aller lorsque vous traquez des présumés pédophiles ?
SS : Nous travaillons très efficacement avec les collectivités locales et la police internationale, et nos avocats assurent la liaison avec le tribunal. Il y avait des difficultés pendant les deux premières années, en 2003-2004, mais depuis nous avons réussi à gagner la confiance de la police qui suit maintenant de près les affaires sur lesquelles nous enquêtons. Nous sommes mandatés pour identifier un suspect, le surveiller, puis interroger les victimes et les témoins, pour collecter l’information et les preuves et enfin assurer la liaison avec la police pour qu’elle puisse commencer une action. Il y a encore des problèmes de corruption avec certains fonctionnaires de la cour, mais la situation est en voie d’amélioration. Dans la plupart des cas, nos avocats arrivent à les amener à rendre un jugement correct et équitable, même s’il arrive qu’on leur propose encore des pots-de-vins.

OB : Au Cambodge, la lutte contre la pédophilie évolue-t-elle dans le bons sens depuis la création de votre ONG ?
SS : Oui, il y a un grand changement. Il est maintenant très clair que l’exploitation sexuelle est un crime. Nous avons apporté une compétence à propos de nombreux types de pédophiles et de leurs techniques pour abuser les enfants. Cette compétence, cette expérience a amené un changement important : la modification de la loi. Une nouvelle loi a été mise en place qui porte sur les cas de pédophilie de manière efficiente et efficace.

OB : Comment avez-vous réussi à mobiliser les personnes qui travaillent avec vous ?

SS : Tout d’abord, au moment du recrutement, ils doivent faire preuve d’une grande motivation et de suffisamment de passion pour effectuer ce travail. Deuxièmement, le succès et les louanges qu’ils reçoivent des gens les encouragent. Enfin, c’est notre technique de gestion, on pourrait dire notre mission même dans un environnement risqué, qui les inspire à travailler avec nous. Notre façon de conduire cette mission fait qu’ils se sentent rassurés, ils nous font confiance et sont contents de se sacrifier pour la lutte contre les pédophiles. De plus, ce qu’ils apprennent dans ce type de gestion des risques, ils peuvent aussi l’utiliser dans d’autres contextes encore plus dangereux.

OB : On voit dans le film que des membres de votre ONG possèdent des compétences poussées (juriste, éducateur). Est-ce le cas de tous les membres de votre ONG ? Le film montre que vous êtes aidés notamment par les chauffeurs de taxis. Cela signifie-t-il que la population locale est consciente de ce problème et est prête à vous aider ?
SS : Les enquêteurs possèdent chacun différentes capacités et compétences. Il peut y avoir des professeurs, des guides touristiques ou même des taxis. De plus en plus de personnes savent que la pédophilie est un problème et commencent à porter plainte à nous ou à la police. Mais une toute petite partie de la population seulement nous connaît et est prête à coopérer avec nous, tandis que la majorité est ignorante ou craint pour sa sécurité personnelle.

OB : Utilisez-vous des méthodes particulières pour traquer les pédophiles ? Êtes-vous formé pour effectuer des filatures ?
SS : Nous sommes formés par des organismes comme le FBI, POEC, Interpol. Nous avons suivi de nombreuses formations à l’étranger avec des policiers et des fonctionnaires de justice. Nous utilisons nos compétences et notre habileté pour mettre la main sur les pédophiles, mais c’est surtout notre expérience qui dans plusieurs cas nous a donné l’opportunité d’être efficaces.

OB : A combien estimez-vous le nombre de pédophiles au Cambodge ?
SS : Depuis 2003, 60 pédophiles étrangers ont été arrêtés par la police à la suite de nos enquêtes. Statistiquement, nous menons des enquêtes sur environ une centaine de personnes suspectées de pédophilie chaque année, mais le nombre de pédophiles est probablement plus élevé que ceux que nous pouvons détecter.

OB : D’où viennent-ils principalement ? Les Français sont-ils nombreux ?
SS : La plupart d’entre eux sont Occidentaux et viennent des Etats-Unis, d’Allemagne du Royaume-Uni, de France, de Belgique, d’Australie, etc. Nous avons beaucoup de pédophiles français (on en retrouve dans plus de 50 enquêtes depuis 2003, si ma mémoire est bonne), mais seulement six ou sept sont sous les verrous.

OB : Comment trouvez-vous vos financements ? Quels sont vos besoins ?

SS : Notre principal bailleur de fonds, l’Espagnole Global Humanitaria, lève des fonds par le biais de programme de promotion TV, de mécénats (entreprises privées) et par le biais du gouvernement espagnol. Je pense que nous aurions besoin d’un financement durable à long terme, car il nous reste encore beaucoup à faire dans la lutte contre les pédophiles. Nous avons également besoin de la coopération de la communauté internationale afin de donner zéro chance à un pédophile.

OB : L’Union européenne, continent d’où proviennent de nombreux pédophiles, vous aide-t-elle d’une manière ou d’une autre ?

SS : La coopération avec la police, les parrainages et quelques dons, mais cela reste très limité.

OB : Comment faire selon vous pour traquer les cyber-pédophiles dont certains, comme le montre le film, sont très organisés ?

SS : Nous avons une équipe qui a la capacité de conduite des investigations en ligne. Via son arrestation, un pédophile nous conduit souvent à d’autres pédophiles, en ligne et hors ligne.

OB : Quelle est la position de l’ambassade de France vis-à-vis de votre ONG ? Est-elle prête à vous aider ou à aider ses ressortissants ? 

SS : Récemment seulement la police française a fait des efforts sur les cas de pédophiles parce que des Français étaient mis en cause. On a donc travaillé avec la police. Mais la France ne nous subventionne pas.

OB : Que faudrait-il pour que la lutte contre la pédophilie devienne une cause nationale au Cambodge ?

SS : Le congrès des Etats-Unis est en train de mener de gros efforts sur la lutte, le trafic et l’exploitation sexuelle. C’est maintenant dans l’agenda national et le gouvernement a démontré qu’il était prêt à faire des efforts significatifs dans la lutte contre ce genre de crimes. Heureusement, le gouvernement a trouvé en nous un partenaire qui a su remporter des succès ces dernières années. Le Cambodge était parmi les derniers pays dans la lutte contre la pédophilie, ce n’est plus le cas grâce aux arrestations et à la lutte menée contre la pédophilie.

OB : Sans vous, la police arrêterait-elle des pédophiles ?
SS : Dans un avenir lointain, c’est possible, mais au moins dans les cinq prochaines années ils devraient encore avoir besoin de nous.

OB : Pour un pédophile condamné, combien, selon vous, passent au travers des filets ?

SS : Dans la période 2003-2005, seulement 30 % d’entre eux ont été condamnés. En 2006-2008, près de 90 % ont été condamnés et emprisonnés. Depuis 2003, 39 pédophiles sont en prison parmi les 60 arrêtés.

OB : Pourquoi les pédophiles n’effectuent pas la totalité de leur peine ? Pourquoi ces peines sont-elles si légères ? 

SS : La corruption est en cause ainsi que la nouvelle loi qui réduit les peines pour certains délits.

OB : Êtes-vous menacé par les proxénètes qui proposent des enfants aux pédophiles ?
SS : Non, mais nous l’avons été par des amis de pédophiles arrêtés. Toutefois, cela nous arrive rarement parce que nous avons une très bonne couverture.

OB : Comment arrivez-vous à mettre les enfants en confiance pour qu’ils parlent ?
SS : Par l’éducation, les conseils juridiques et la participation de la famille, mais dans une certaine mesure nous utilisons les éléments de preuve recueillis pour les amener à coopérer.

OB : Comment faire cesser ce fléau ?
SS : Il pourrait y avoir d’autres mesures pour arrêter les crimes, mais la plus significative est de punir les pédophiles en les mettant en prison et de protéger les victimes. A long terme, l’éducation et la prise de conscience du problème permettront de faire diminuer ces crimes.

Crédit image : Blog informations Marrakech

Par olivier bailly - Publié dans : Paul Moreira
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Dimanche 1 novembre 2009

Qui a peur de MoveOn  ? Telle est la question que posent Alexandre Jordanov et Scott Stevenson dans leur documentaire diffusé ce soir sur Canal+. Un documentaire factuel, sans aucun commentaire, donnant largement la parole aux membres de l’organisation (et à leurs adversaires).

Organisation citoyenne et participative née en 1998, MoveOn c’est une nouvelle manière de faire de la politique qui n’aurait jamais pu exister sans l’internet. Les partis républicain et démocrate craignent ce mouvement démocratique, extrêmement réactif que son fonctionnement en réseau intrigue.

Le staff de MoveOn ne comprend en tout et pour tout que 17 personnes dont les deux fondateurs, Joan Blades and Wes Boyd, un couple d’entrepreneurs de la Silicon Valley.

La pertinence de chaque action - pétition, clip, pub, etc. - est décidée par vote électronique par plus de cinq millions de membres, tous bénévoles de l’organisation, qui ont par ailleurs largement contribué à la victoire de Barack Obama en incitant les jeunes et les minorités à se rendre aux urnes.

MoveOn.org est le premier cybermouvement politique de l’histoire. Un modèle exportable qui finira bien par arriver chez nous…

Sans l’affaire Lewinski, l’organisation MoveOn.org existerait-elle ? Sans George W. Bush aurait-elle pu se développer, rassembler plus de cinq millions de membres partout aux Etats-Unis, lever des centaines de millions de dollars pour dénoncer la politique répressive qui a suivi le 11 septembre, le patriot act, la guerre d’Irak, pour aider les victimes de Katrina, pour critiquer la politique de santé de Bush à travers des campagnes de pub et des clips et, finalement, contribuer à élire Barack Obama, 44ème président des Etats-Unis ?



MoveOn n’a que dix ans d’existence. Il est né d’une exaspération, en 1998, quand, au moment de l’affaire Lewinski, le congrès s’apprête à voter une mesure d’impeachment contre Bill Clinton. C’est alors que Joan Blades and Wes Boyd, un couple de créateurs de logiciels de la Silicon Valley, décident de faire circuler une pétition sur Internet : « Censuring Clinton and Move On to Pression Issues Facing the Nation » : « blâmer Clinton et passer à des sujets vitaux pour la Nation ».

On pourrait raisonnablement penser que l’élection d’Obama sonne le glas de MoveOn.org. Maintenant que le job est fait, les millions de bénévoles ne vont-ils rentrer chez eux ? Mais non. Selon Alexandre Jordanov, co-réalisateur de Qui a peur de MoveOn ? « l’organisation va continuer à faire la police après l’arrivée d’Obama  ».

Ce dernier sait qu’au moindre faux-pas, ils ne le rateront pas. Pour le réalisateur qui s’est immergé parmi les membres de ce mouvement, notamment lors des élections de 2006, « ce seront toujours des dissidents ».

Qu’est-ce que MoveOn.org ? Un parti politique, un lobby ou simplement la première organisation citoyenne et participative des temps modernes ? « Ce n’est pas un lobby, mais une force politique. C’est un contre pouvoir  », estime Alexandre Jordanov qui connaît bien le sujet pour l’avoir souvent traité dans le Vrai journal, sur Canal+.

Cette fois, il ne s’agit pas d’un simple reportage, mais d’un voyage au long cours, d’autant plus exceptionnel que le staff de MoveOn ne se laisse pas approcher facilement : « C’est une force de l’ombre. Ils n’ont pas de siège avec entrée en marbre… Ils se rassemblent par visio-conférence. On ne voit jamais les fondateurs...  ».

D’autres cinéastes, et pas des moindres, tel Oliver Stone, attendent toujours de pouvoir réaliser un documentaire sur ce mouvement redouté, plus puissant, selon un intervenant du documentaire, que les syndicats ou le lobby des armes. Michael Moore même le craint.


Les principaux médias américains accusent MoveOn d’avoir pris le Parti Démocrate en otage : « vous êtes aux ordres de MoveOn, lui disent-ils, vous êtes à sa merci  ». Alexandre Jordanov rappelle dans son film comment Joseph Liebermann, influent sénateur démocrate, s’est fait ruiner politiquement par MoveOn : « Ils l’ont viré comme ça, en claquant des doigts ! Car il a voté des budgets pour la guerre d’Irak ».

Mais la cible privilégié de MoveOn restent les Républicains qui ne peuvent prononcer ce nom sans s’étrangler, certains d’entre eux allant jusqu’à la qualifier d’organisation nazie et comparant ses méthodes à celles de Joseph Goebbels, ou les accusant d’être communistes.

Les Républicains ont bien essayé de contrecarrer le mouvement, mais ni Tom Delay, surnommé The Hammer (le marteau), un ponte du Parti Républicain, ni le site StopMoveOn n’y sont vraiment parvenus. Les Républicains, comme les Démocrates d’ailleurs, ont essayé de copier le modèle MoveOn, sans y pervenir.

Tout est sans doute une question de dynamique interne, de structure. « Chez MoveOn les décisions vont du bas vers le haut. Les Républicains, s’amuse Alexandre Jordanov, ne comprennent pas ce fonctionnement. Chez eux tout part du haut pour descendre en bas... ».

La moindre campagne de pub, le moindre clip doit être, ou non, accepté par les membres à qui sont soumis les projets. Si un projet de clip n’est pas approuvé, on s’en apercevra vite car il ne recevra que peu de dons. S’il est apprécié, en revanche, des millions de dollars permettront de le réaliser et surtout d’acheter des espaces publicitaires pour le diffuser.

Le premier coup d’éclat de MoveOn s’est produit en 2004, lorsque CBS a refusé de diffuser un de ces clips militants concernant le déficit sous prétexte que le public aurait été choqué par ce thème. Réponse d’un membre de MoveOn : "c’est vrai que le déficit est choquant".



Mais l’interdiction de ce spot sur une chaîne nationale est la meilleure chose qui pouvait arriver à MoveOn. "Ce fut un coup de pub énorme, prétend l’un des intervenants dans le documentaire. Ce fut la campagne la plus vue et la moins chère de toute l’histoire de la pub".

D’autres campagnes suivront comme cette publicité très polémique à propos du Général Petraeus qui fera vivement réagir la Maison blanche. Son slogan était : "General Petraeus or General Betray us ?" (Le général Petraeus est-il un traître ?"). Il y aura aussi une campagne de clips contre Georges W. Bush, tête de turc de MoveOn.org.


D’innombrables clips (dont on peut en voir certains dans ce papier) baptisés « Bush en trente secondes  » seront tournés à travers le pays et donneront lieu à un vaste challenge organisé par « le chanteur Moby, le comédien Al Franken et le fils du milliardaire George Soros, lequel a d’ailleurs fait un don de 5 millions de dollars au site. Le cinéaste documentariste Michael Moore et le consultant démocrate James Carville, ex-wonderboy de la campagne Clinton, figuraient parmi les membres du jury », comme le rappelait alors l’Humanité.

Plus tard, à d’autres occasions, d’autres artistes ne tarderont pas à s’investir comme R.E.M., Ben Harper, Bruce Springsteen, etc. qui en 2004, lors de la campagne des présidentielles, participeront à la méga tournée Vote for change tour destinée à récupérer des fonds.



Dans le film, on voit Michael Moore, lors d’un meeting, expliquer ceci : « Les mecs qui ont inventé Internet, j’imagine qu’ils s’y sont mis à plusieurs au Pentagone. A mon avis, ils ont du se faire lyncher parce qu’ils ont permis aux gens de communiquer. Le fait de pouvoir contourner les médias privés et partager l’information, ça représente un danger énorme pour le pouvoir ». 

MoveOn est insaisissable parce qu’il fonctionne en réseau. C’est un vrai cyber-mouvement sans chef ni centre. Même ses serveurs, pour des raisons de sécurité ne se trouvent pas aux Etats-Unis, mais au Japon. Et celui qui en est le responsable, au sein de MoveOn, n’est autre qu’un ancien de la CIA. Selon Alexandre Jordanov, "MoveOn a une peur bleue des Républicains et de leurs méthodes d’espionnage  »



MoveOn.org est-il un modèle pour la France, pour l’Europe ? "Oui, répond Alexandre Jordanov : D’ailleurs Tony Blair a fait appel à MoveOn pour la campagne des législatives de 2005. Résultat : les travaillistes ont gagné les élections.Même Ségolène Royal a fait appel à eux. C’est de là qu’est née son idée de démocratie participative. Elle n’en a pas fait grand chose... Les politiques en France s’y intéressent parce qu’ils pensent qu’ils peuvent gagner de l’argent avec..."

Certes, MoveOn est le champion des levées de fonds : "Pour Kerry en 2004, ils ont levé 46 millions de dollars, le double de la campagne de Sarkozy". De quoi en effet faire rêver l’omniprésident...

"Barack Obama, son argent vient de petits donneurs, des gens qui donnent 5, 10 dollars...MoveOn peut dire qu’aucun grand groupe financier, aucun lobby puissant ne lui donne de l’argent. Leur argent vient des citoyens. La politique a changé. On n’a plus besoin de demander à tel ou tel lobby, on n’a plus besoin d’être menotté".
 
"Aujourd’hui, selon Alexandre Jordanov qui avec son compère Scott Stevenson a réalisé un documentaire aussi passionnant qu’excitant sur cette autre manière de faire de la politique, aujourd’hui MoveOn, c’est par rapport au Parti démocrate, comme l’IRA avec le Sinn féin, sauf qu’au lieu de bombes, c’est à coups de dollars qu’ils font de l’activisme".




Par olivier bailly - Publié dans : Alexandre Jordanov
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Dimanche 1 novembre 2009

L’Abolition, téléfilm en deux parties (2X90 minutes) réalisé par Jean-Daniel Verhaeghe d’après les livres de Robert Badinter L’exécution et l’Abolition, diffusé les mardis 27 janvier et 3 février sur France 2 avec Charles Berling dans le rôle de Robert Badinter.

Quand François Mitterrand accède au pouvoir le 10 mai 1981, il nomme Robert Badinter au poste de Garde des sceaux. Ce choix politique est l’un des plus symboliques de ce premier septennat socialiste. Certes, il va presque de soi : l’avocat soutiendra Mitterrand lors des campagnes présidentielles de 1974 et de 1981, mais surtout, placer Badinter à la justice c’est l’assurance que la peine capitale sera bientôt condamnée à mort.

Pour Mitterrand, sa suppression était une promesse qu’il fallait tenir immédiatement, ceci dans un contexte défavorable (63% des français étaient pour son maintien). Pour Badinter, il s’agissait de la conclusion d’une décennie de combats âpres dans lequel il se jeta à corps perdu.

L’Abolition, le superbe téléfilm dans lequel Charles
Berling incarne le rôle de Badinter, retrace ces dix ans de combat. Un combat qui a souvent été remis en question ces dernières années en France et qui, dans le monde, est loin d’être terminé.

Epoustouflant. C’est le mot qui convient pour décrire la prestation de Charles Berling dans le rôle de Robert Badinter. Après avoir incarné Jean Moulin, le voilà dans la peau de l’avocat qui a eu la peau de la peine capitale et deviendra incontestablement le plus grand Garde des sceaux que la France aura connu ces 25 dernières années.

A propos de son engagement (qu’il soit professionnel ou idéologique) Charles Berling précise ne pas croire « qu’on puisse être acteur, avoir à ce point le droit à la parole, sans avoir du même coup la responsabilité de ce que l’on raconte […] Jean Moulin n’était pas un « préfet engagé », mais un préfet qui est allé au bout de ses idées. Robert Badinter n’est pas un « avocat engagé », c’est un bon avocat. J’essaie d’être un bon acteur ».

De son interprétation magistrale dans le téléfilm présenté ce soir, mardi 27 janvier, et le 3 février, Robert Badinter dit de Charles Berling : « Peu importe, au fond, il s’agit d’une restitution, d’une réinterprétation, d’une œuvre à part entière. Mais j’ai trouvé cependant qu’il y avait dans la scène du procès à laquelle j’ai assisté une tension, un réalisme et une vérité absolument troublants. C’est là où réside le miracle de l’art dramatique, et le très grand talent de Berling : il était devenu moi mais ce moi n’était pas moi ».

L’avocat est-il lui-même quand il plaide ? Oui, et c’est certainement ce qui le différencie de l’acteur qui joue. Différence infime. Mais frontière infranchissable. Car elle appelle une autre différence, de taille : la vie d’un homme est en jeu.


En voyant la prestation de Berling on peut imaginer Badinter. Pas se mettre à place. Car c’est parce qu’il assiste à la condamnation à mort d’un homme, sans doute innocent, Roger Bontems, que son parti est pris : « Jusque-là, j’avais été un partisan de l’abolition. Dorénévant, j’étais un adversaire irréductible de la peine de mort. J’étais passé de la conviction intellectuelle à la passion militante » écrit-il dans l’Abolition (Fayard, 2000).

L’Abolition couvre une période d’une décennie. Le récit commence en septembre 1971 et se termine en septembre 1981. C’est le laps de temps qui s’est écoulé entre le meurtre d’une infirmière et d’un gardien à la centrale de Clairvaux et le discours que prononce Robert Badinter, premier Garde des sceaux du premier gouvernement socialiste dirigé par Pierre Mauroy.

En 71 Roger Bontems et Claude Buffet, qui purgent tous deux une lourde peine à la centrale de Clairvaux, prennent en otage une infirmière et un gardien. Ils seront assassinés tous les deux. Buffet est accusé du meurtre. Bontems est reconnu complice. Pourtant, les deux hommes seront « coupés en deux ». Sous les yeux de Badinter. C’est pour l’avocat une prise de conscience. Il ne supportera plus cette barbarie.

Dès lors, pour cet avocat spécialisé dans les affaires, une parenthèse d’une décennie s’ouvre : en défendant des criminels passibles de la peine capitale c’est cette dernière qu’il veut supprimer. Le combat sera rude. L’affaire Bontems et Buffet occupe toute la première partie du téléfilm avec des fréquents flash-back sur la jeunesse de Badinter qui fit ses premirèes armes chez Maître fut Henri Torrès, grande figure du barreau de l’avant et de l’après-guerre. Il est placidement, mais solidement, campé par Depardieu.

Le fait d’arme de Torrès fut d’obtenir l’acquittement de Sholem Schwartzbard un anarchiste russe accusé dans les années 20 d’avoir assassiné Simon Petlioura « qu’il jugeait responsable des pogroms contre les Juifs d’Ukraine, ayant fait, selon lui, environ 100 000 morts, dont ses parents »( wikipedia).

Dans la première partie du téléfilm, les conseils prodigués par Torrès au jeune Badinter reviennent à la mémoire de ce dernier : "Il y a deux sortes d’avocats : ceux qui plaident avec leurs tripes et ceux qui plaident avec leurs nerfs. Toi, tu fais partie de la seconde catégorie. »

Dans la deuxième partie du téléfim (diffusée le mardi 3 février) Badinter-Berling défend avec ses nerfs des criminels qui marqueront la chronique judiciaire des années 70 (Patrick Henry, notamment), celles des septennats de Pompidou (qui n’accordera aucune grâce) et de Giscard d’Estaing qui commence à fléchir, même si son Garde des sceaux, Alain Peyrefitte, est plutôt défavorable à l’abolition.

Mais la force de ce genre de reconstitution historique c’est de démontrer que l’histoire, loin d’avoir une fin, à un sens. Et que le sens de l’histoire, en ces années, c’est l’abolition de la peine de mort.
Celle-ci est quasiment signée quand le candidat François Mitterrand déclare à la télévision, en pleine campagne des présidentielles, le 16 mars 1981 : « Dans ma conscience profonde, qui rejoint celle des églises, l’église catholique, les églises réformées, la religion juive, la totalité des grandes associations humanitaires, internationales et nationales, dans ma conscience, dans le for de ma conscience, je suis contre la peine de mort. Et je n’ai pas besoin de lire les sondages, qui disent le contraire, une opinion majoritaire est pour la peine de mort. Eh bien moi, je suis candidat à la présidence de la République et je demande une majorité de suffrages aux Français et je ne la demande pas dans le secret de ma pensée. Je dis ce que je pense, ce à quoi j’adhère, ce à quoi je crois, ce à quoi se rattachent mes adhésions spirituelles, ma croyance, mon souci de la civilisation, je ne suis pas favorable à la peine de mort. »

« Après l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République, dont la position abolitionniste avait toujours été clairement exprimée, un projet de loi portant abolition de la peine de mort est déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale le 29 août 1981. Son exposé des motifs est bref ; il retient le principe d’une abolition définitive et générale de la peine capitale » peut-on lire sur le site du Sénat. La loi proposant l’abolition est votée le 9 octobre 1981.

C’est sur l’image d’un Robert Badinter plaidant à la tribune de l’Assemblée que se termine le passionnant téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe.

L’ancien Garde des sceaux se souvient aujourd’hui que lors de la suppression de la peine capitale devant les représentants du peuple, « le débat a été vif. Il y eut des orateurs éloquents parmi les abolitionnistes : Raymond Forni (PS), Guy Ducoloné (PC), Philippe Seguin (RPR), parmi d’autres. L’abolition a été votée par la totalité des députés de gauche, par un tiers des députés de l’UDF et un quart du RPR, dont Jacques Chirac. La vraie surprise et la vraie victoire parlementaire, à mes yeux, ont été le vote de la loi par le Sénat, très hostile au gouvernement de la gauche, dans les mêmes termes que l’Assemblée nationale. »
Depuis son abolition, entre 1984 à 1995, près d’une trentaine de propositions de loi visant à rétablir la peine de mort ont été déposées au Parlement. Aujourd’hui, seulement 50% des français sont toujours partisans de son retour. Mais, précise, Robert Badinter dans une interview donnée à la Documentation française, « depuis 1985, il est impossible de rétablir la peine de mort en France. En effet, la France a ratifié, en 1985, un traité international de 1983, le 6ème Protocole à la Convention européenne des droits de l’Homme. Cette convention interdit aux Etats qui l’ont ratifiée, de recourir à la peine de mort. Les traités internationaux ayant une valeur supérieure à la loi, le Parlement français ne pourrait rétablir la peine de mort que si le Président de la République française dénonçait cette convention. Pareille dénonciation mettrait la France au ban moral des droits de l’Homme en Europe. Un tel acte, de la part du Président de la République française, apparaît impossible au regard de l’affirmation constante de la France, la patrie des droits de l’Homme. »

« Aujourd’hui, précise encore Robert Badinter sur le site de La Documentation française, la peine de mort est bannie de toute l’Europe. La quasi totalité des Etats européens, y compris à l’Est, ont ratifié le 6ème Protocole à la CEDH. En ce qui concerne le reste du monde, la cause de l’abolition a grandement progressé depuis 20 ans. En 1981, la France était le 36ème Etat à abolir la peine de mort. Aujourd’hui, 108 Etats sont abolitionnistes, sur 189 que comptent les Nations Unies. L’abolition est devenue majoritaire dans le monde. Aujourd’hui, 90 % des exécutions dans le monde sont le fait de 4 Etats : la Chine, les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et l’Iran. L’alliance entre totalitarisme, fanatisme et peine de mort est historique. La première question, dans la marche à l’abolition universelle, est celle de la situation aux Etats-Unis, seule grande démocratie à recourir à la peine de mort. En dépit de l’attachement de l’opinion publique américaine à la peine de mort, des signes encourageants se manifestent : moratoires des exécutions dans certains Etats, diminution du nombre des exécutions et des condamnations à mort depuis le début de l’année, ralliement de grands médias à l’abolition. »

Le combat pour l’abolition de la peine de mort dans le monde est loin d’être terminé...

Par olivier bailly - Publié dans : Jean-Daniel Verhaeghe
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Dimanche 1 novembre 2009

Patricia Tourancheau est une journaliste aguerrie. Selon les termes consacrés elle est fait-diversière et rubricarde police à Libération depuis les années 1990. Auteur d’un livre sur le Gang des postiches (Fayard, 2004), elle connaît son sujet sur le bout des doigts.

Dans
Cannabis, prostitution, sans papiers : la politique du chiffre, documentaire diffusé sur Canal+,  elle remonte aux sources de la politique mise en place en 2002 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur. Celui-ci décrète la tolérance zéro pour les délinquants et met en place la culture du résultat et la prime au mérite pour les agents de la police nationale.

Ce documentaire a été tourné en 2008, au sein du commissariat central du 12ème arrondissement : 500 policiers pour 136.000 habitants dans un coin de Paris à la fois tranquille, bobo et branché.

C’est là que pendant une quinzaine de jours Patricia Tourancheau est allée sur le terrain afin de partager le quotidien de ces hommes et de ces femmes dont le métier est de faire respecter la loi. Comment, sept ans après le passage de Nicolas Sarkozy au Ministère de l’Intérieur et deux ans après la création du Ministère de l’identité nationale, les policiers envisagent-ils leur mission ?

Dans cette enquête on voit des agents arrêter des gens de peu, souvent pour rien : un SDF ; une prostituée roumaine qui fait des passes au bois de Vincennes ; un type attrapé avec moins d’un gramme de shit ( !) ; des étrangers sans-papiers qui travaillent... Bref, du menu fretin.

Pas très glorieuse, cette « racaille ». D’autant que dans le lot il y a des individus qui n’ont rien à se reprocher et qu’on relâche après quelques heures de garde à vue car on n’a rien contre eux.

Mais ça n’a pas d’importance, car avec la politique menée par Nicolas Sarkozy, un individu en garde à vue c’est un suspect arrêté et dans le cas de la pute qui racole, du fumeur de shit ou de l’étranger sans-papier, c’est une affaire élucidée. Ainsi pour les Français la Police nationale fait son travail et la délinquance baisse.

Comme il est dit dans ce documentaire : « c’est les chiffres qui commandent les patrouilles ». Au passage on découvre que la police travaille en cheville avec les services de l’Urssaf ou avec des groupements de police de la ville de Paris chargés de surveiller les logements sociaux. On voit aussi que les policiers, loin d’être des fonctionnaires zélés, sont parfois réticents à appliquer des textes dont ils se demandent eux-mêmes à quoi ils servent.

La caméra de Patricia Tourancheau sait aussi attrapper quelques moments troublants comme ce passage où un brigadier, chargé de "faire du chiffre" en arrêtant des étrangers à la gare de Bercy, lance à ses collègue qu’il faudrait arrêter un Blanc pour ne pas avoir l’air de faire du contrôle au faciès.

Mais la police ce n’est pas que ça et Patricia Tourancheau esquisse aussi le portrait de flics dont la mission est d’aider la population. Ceux-là, curieusement, ne touchent jamais de prime au mérite.

Comment cette politique du chiffre, de la prime au mérite et de la tolérance zéro est-elle perçue par ceux qui sont chargés de l’appliquer, c’est le sujet de
Cannabis, prostitution, sans papiers : la politique du chiffre, un film simple, clair et pédagogique. Un film citoyen.

Patricia Tourancheau répond aux questions d’Olivier Bailly

Olivier Bailly : Avez-vous rencontré des difficultés pour suivre les policiers de ce commissariat parisien ?

Patricia Tourancheau : J’ai obtenu facilement les autorisations de la préfecture. J’ai volontairement choisi un commissariat lambda et pas une unité d’élite genre brigade anti-gang, anti-criminalité, commissariat chaud de banlieue, etc. J’avais demandé un commissariat parisien qui ne soit pas dans le 18è ou le 19ème arrondissement ni dans un quartier trop bourgeois, genre 8ème ou 16ème. Je voulais vraiment un commissariat ordinaire avec une population ordinaire, mélangée, dans Paris, pour voir les missions quotidiennes des gardiens de la paix et, à partir de là, vérifier s’il y avait un malaise et comment faisaient-ils par rapport à la culture du résultat, pour obtenir des chiffres, contenter leur préfet, leur ministre et leur président de la république.

OB : Vous expliquez bien dans le documentaire pourquoi vous avez choisi le 12ème arrondissement : il y a deux gares Sncf (Lyon et Bercy), un bois (Vincennes), et deux places très fréquentées (Bastille et Nation). Bref, un arrondissement emblématique.

PT : Oui, c’est vrai. Mais je n’ai pas choisi vraiment. J’ai demandé un commissariat ordinaire et j’avais plusieurs choix. Le 12ème, c’est la préfecture de police qui me l’a imposé. Mais je m’en fichais. Je voulais juste voir, au plus près, comment ça se passait tous les jours, comment ces consignes dégringolaient et comment ça s’appliquait sur le terrain. Parce qu’on parle toujours de statistiques policières qui sont truquées, on entend toujours Sarkozy ou MAM nous dire « la délinquance recule, a baissé, le taux d’élucidation des affaires a monté », et quand on va sur le terrain on s’aperçoit qu’il y a des tours de passe-passe. Les policiers font réellement leur boulot de Police-secours sur l’assistance aux gens, la police judiciaire démantèle de vrais réseaux, mais là, dans un commissariat comme ça, on voit bien que pour faire bouger les chiffres, pour appliquer les consignes, on va arrêter deux ou trois fois par semaine les étrangers à la sortie des trains à la gare de Bercy. Et ça c’était très choquant. Et la hiérarchie du commissariat qui a été plutôt ouverte avec nous et qui a joué le jeu ne nous avait pas parlé ni des descentes de police chaque jeudi dans les restaurants avec l’Urssaf ni des contrôles en gare de Bercy régulièrement le matin.

OB : Ce qui entame d’ailleurs pas mal le moral des gardiens de la paix...
 PT : Oui, certains trouvent ça vraiment odieux. Les premiers qui nous ont parlé de ces contrôles à la sortie des trains ce sont les officiers de police judiciaire du bureau de ramassage. Et ils disaient combien c’est insupportable. C’est du travail à la chaîne. Ces pauvres types avec leur sac en plastique qu’on repère à la sortie du train, qu’on ramène en masse dans le bureau pour faire des procédures pour infraction à la législation sur les étrangers et ils nous disaient : "c’est réglé comme du papier à musique : les îlotiers du service de police de quartier y vont deux à trois fois par semaine et nous ramènent une floppée d’étrangers". Mais ces officiers n’ont pas voulu parler devant la caméra.


OB : Il y en a un tout de même qui se plaint : "on prend sur soi mais c’est très dur"
PT : C’est le chef des brigades de voies publiques de jour et c’est le seul qui a accepté de parler en étant identifié devant la caméra.

OB : C’est lui qui compare ça aux rafles de la seconde guerre mondiale
PT : Sans dire le mot rafle, il dit « j’ai trop d’images de la déportation, de la seconde guerre mondiale »... Quand on n’a pas le choix, explique-t-il, on y va, mais c’est très dur.

OB : C’est un policier qui a un peu de bouteille, mais est-ce que les jeunes « s’habituent », est-ce que ça leur pose des cas de conscience ?

PT : Certains jeunes qui travaillent beaucoup en douce, en off, nous disait « c’est moche comme mission. Ça fait ramassage, ça fait rafle ». Mais des jeunes qu’on a vu en opération justement à la sortie de ces trains - Amaury par exemple qui a 27 ans et qui est entré dans la police il y a un an, applique ces missions-là avec application, avec zèle même. Il n’a pas d’états d’âme. Par contre un de ses supérieurs qui avait plus de bouteille et qui lors de l’opération à laquelle on a assisté en gare de Bercy essayait vraiment de se cacher, était mal à l’aise, il était extrêmement gêné et parfois lâchait des trucs - il pensait qu’on n’entendait pas - du genre « non, mais là il faut arrêter de contrôler des Africains... ». D’ailleurs on a laissé une phrase : « il faudrait contrôler des blancs ça serait moins ciblé ». Et le même -je ne l’ai pas gardé dans le documentaire -, lorsque l’on repart avec des étrangers, dit : « encore une belle mission, tiens... ». Ça les met très mal à l’aise. Mais voilà, il y a les circulaires Hortefeux, il y a les quotas qui ont été fixés et donc ils y vont...

OB : Il y a un autre volet, c’est les stupéfiants. On voit que là aussi c’est assez scandaleux, on arrête des gamines qui possèdent un gramme de shit dans la poche. Mais est-ce que la chasse au gros bonnet est réelle ?
PT : La chasse aux gros bonnets se passent à un autre niveau. Elle existe. Le démantèlement des réseaux existe. C’est la brigade des stups, c’est la police judiciaire qui s’en occupent. Au niveau d’un commissariat comme ça, il y a quelques prises de 30, 50, 100 grammes, ça arrive. Il y a des petits dealers arrêtés, mais de trafiquants sur le 12ème il y en a eu 6 environ dans l’année. Et un peu plus de 500 usagers. Le démantèlement des réseaux se passe à un autre niveau. Au niveau d’un commissariat, ce que l’on voit, et c’est d’ailleurs les consignes de la préfecture de police qui a même lancé un plan anti-drogue début 2008, la consigne c’est tolérance zéro avec le shit et la drogue. En même temps ce qui est paradoxal, et j’ai été étonnée, c’est qu’on voit les flics de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) qui jettent une boulette dans le canal, sauf que juste après ils en arrêtent un qui avait moins de quantité sur lui.

OB : C’est de l’arbitraire pur et simple.
PT : Oui, voilà. Jérémie, l’agent de la BAC le dit, après. Je retourne le voir en lui disant que l’officier avait pesé la boulette et qu’elle pèse moins d’un gramme sur la balance. Jérémie répond "ce n’est pas possible, la balance déconne, on l’a bien vu, on l’a pesé, ça faisait 2, 3 grammes, mais nous on avait notre motif légitime de contrôle, il avait une substance illicite sur lui, c’est carré pour nous, on l’a arrêté. Mais, dit-il, c’est au bon vouloir du fonctionnaire et effectivement si on avait voulu on aurait pu l’écraser sous la chaussure, mais là on avait choisi de l’arrêter et on est dans notre droit". Ça tient à rien. Il cherchait une barrette de shit. En fin de week-end ils savent que les belles barrettes sont bien entamées donc qu’ils ont peu de chance d’en trouver, ils ont tourné tout l’après-midi sans en trouver, le soir tout d’un coup ils sont appelés par un collègue, il y a ce « shiteux » au fond d’une impasse, ils y vont et là comme ils vont rentrer au poste pour casser la croûte, il est près de 20heures, ils ne rentrent pas bredouille. Cela tient au bon vouloir du fonctionnaire. C’est arbitraire, bien sûr.


OB : Et c’est une arrestation et une affaire résolue. C’est ainsi que l’on fait du chiffre !

PT : C’est un fait de délinquance constaté - ils viennent de constater que le type est un usager de cannabis. Le délit ça peut-être par exemple un racolage qu’ils constatent. Et tout de suite c’est élucidé puisqu’au moment où ils constatent l’infraction elle est résolue immédiatement puisqu’ils attrapent le type ! Ce n’est pas comme un cambriolage. Un cambriolage, c’est un fait constaté. Le problème c’est que c’est très difficile, il faut enquêter, il faut planquer pour débusquer les cambrioleurs et pour avoir un fait élucidé dans la colonne des faits élucidés. Je ne dis pas qu’ils font que ça, il ne faut pas non plus caricaturer, car ils secourent aussi des gens, ils arrêtent aussi des auteurs de violence...

OB : Oui, mais enfin, comme vous l’expliquez dans le documentaire, les policiers qui secourent les gens sont bien moins considérés que les autres...
PT : Exactement. Et c’est ce que dit le lieutenant Motel qui est donc chef des brigades de voies publiques. Il dit que ses collègues sont frustrés parce que leur travail social, finalement, n’est pas reconnu. 

OB : Ça rejoint les propos de Nicolas Sarkozy qui ne voulait plus de police de proximité

PT : Voilà, c’est ça. Il ne voulait plus de police de proximité, mais une police répressive. Tolérance zéro. Mais ce qui est cocasse au sein de ce commissariat (et d’autres) on appelle aujourd’hui îlotiers des policiers comme Amaury - le petit jeune qui contrôle des étrangers à la gare de Bercy. Ce sont des îlotiers du service de police de quartier alors qu’avant l’îlotier était l’incarnation de la prévention, du flic de proximité. Notre personnage, le lieutenant Stéphane Motel, qui est le plus vindicatif, le plus incisif, a commencé dans la police en 1991, il était îlotier. Mais à l’époque ça voulait dire faire de la prévention, connaître les gens, faire un travail social plus que répressif. Aujourd’hui Sarkozy a sabordé la police de proximité mise en place par la gauche, mais en même temps il a réinstallé des trucs où, eh bien voilà, son flic répressif il s’appelle îlotier aussi. Il a récupéré le mot.

OB : On voit ici que la police est instrumentalisée par le politique

PT : Bien sûr, mais elle l’a toujours été. La police a changé à partir de 2002 et de l’arrivée de Sarkozy au Ministère de l’intérieur. Cette histoire de la culture du résultat, de récompenser les flics jugés les plus performants, efficaces, il nous fait croire que c’est la chasse aux dealers et aux trafiquants, oui bien sûr, mais c’est surtout la chasse au menu fretin.

OB : Du coup, on a le sentiment que la police est davantage présente dans l’espace public, que c’est une manière de nous fliquer encore plus...
PT : Oui, ils le sont parce qu’il y a plus de patrouilles qu’à une époque. Et le grand truc, mais c’est vrai de tous les ministres de l’intérieur ,de gauche comme de droite, leur problème c’est de remettre les policiers sur le terrain parce qu’il y en a beaucoup qui sont coincés dans les bureaux, qui sont de garde statique devant les ambassades, devant les monuments, etc. Mais là il est certain que ces services de police de quartier sont beaucoup sur le terrain pour ce qu’ils appellent des « opérations de sécurisation ». C’est-à-dire qu’avec une autorisation du procureur ils vont, par exemple, tel jour, entre 17h et 20h, contrôler tout ce qui bouge place de la Nation et dans le quartier tout autour.
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OB : Autre chose m’a frappé c’est la « collaboration » entre la police et le Groupement Parisien Inter-bailleurs de Surveillance (GPIS), une police mise en place par les bailleurs sociaux de la Ville de Paris.
PT : C’est récent et nous avons été très étonnés que cela marche comme ça. Je n’ai pas encore tiré ça au clair. Le GPIS agit tout seul de son côté dans les cités, mais de temps en temps il demande l’appui de la police et pour cette dernière c’est tout bénef parce que pour peu qu’ils disposent d’un chien renifleur de drogue - ce qui n’était pas le cas le soir où on y est allé -, ils ramènent des fumeurs et peut-être des dealers.

OB : Vous évoquez aussi la question de la prostitution qui permet au policiers de faire facilement du chiffre. Que deviennent les filles qui auparavant tapinaient au vu et au su de tous ?
PT : Ces filles-là se sont exilées sur des routes nationales dans la grande banlieue parisienne. Elles sont parties, comme dit la prostituée qui elle a réussi à rester en camionnette, dans la galère. Elles ont été chassées à coup de PV qu’elles n’arrivaient plus à payer. C’est pire qu’avant pour elles. Sarkozy avait dit qu’il créait ce délit de racolage pour lutter contre les réseaux et à partir de ces pauvres filles remonter jusqu’aux proxénètes. Pas du tout. Ce que l’on voit c’est que c’est retombé avant tout sur les pauvres filles et on ne les voit plus. Elle se planquent et elles sont encore plus vulnérables. Ils ont gardé quelques françaises, dans le bois, installées dans les camionnettes. Elles sont considérées parmi les prostituées comme des privilégiées, finalement. Il y a aussi les piétonnes qui tapinent à pied comme la petite roumaine qu’on voit dans le film et qui n’a pas encore compris qu’il ne faut pas trop se montrer car sinon ça va lui retomber dessus à chaque fois. Elle a été déférée à la justice et ensuite j’ignore ce qu’elle est devenue. Elle risque une grosse amende, éventuellement de la prison avec sursis, mais pas ferme.


OB : Est-ce que selon vous la BAC est le bras armé de cette fameuse politique du chiffre mise en place par Nicolas Sarkozy ?

PT : Les policiers de la BAC sont considérés comme les cow boys de Sarkozy. Eux-mêmes - ça c’est quelque chose que je ne l’ai pas placé dans le documentaire - eux-mêmes sont traités de « bonhommes du président » sur des interventions. « Vous êtes les mecs du président, vous êtes les mecs de Sarkozy, vous êtes à sa botte  ». Ce sont les habitants, les riverains, les interpellés qui les appellent comme ça. Mais il y a des BAC en tenue et des BAC en civil. Les BAC en civil dans les arrondissements comme on voit dans le film bon, ça va encore. Mais il y a les services de police de quartier, les fameux îlotiers qui avant faisaient de la prévention, c’est ceux-là, avec les BAC, qui font du chiffre.


OB : En filigrane votre documentaire montre aussi une série de portraits humains de policiers.
PT : J’aurais aimé creuser davantage ce côté-là. Je l’ai fait à travers Emilie, une des policières présentes dans le film, car je trouve franchement que c’est une fille qui a une vraie fibre humaine. Alors évidemment elle ne se gêne pas pour arrêter des gens. S’il y a des types en train de se bagarrer elle y va, elle est costaud. Elle ne se plaint jamais. Un soir il y avait une pauvre fille, SDF, qui aurait dû se retrouver à l’hôpital, qui était blessée. C’est Emilie qui l’a accueillie au commissariat. Emilie est un exemple de policière.

OB : A la fin il y a une remise de diplôme assez consternante et pathétique et l’on se dit qu’il y a un abîme entre les flics de terrain et leurs chefs.
PT : Oui, avec ce commissaire divisionnaire. Il supervise plusieurs arrondissements dont cet arrondissement. De temps en temps, assez régulièrement on fait des gratifications aux policiers pour les encourager. Et ce commissaire par rapport aux types de terrain, il est au-dessus de la mêlée. Je ne crois pas qu’il se rende compte de ce qui se passe. On est allé à une réunion avec lui et ses sept commissaires d’arrondissement et on a tout jeté. C’était hyper langue de bois et du fait qu’on était là ils se sont mis à parler que de prévention et de crottes de chiens ! Quand on voit l’état de la prévention on se dit qu’il se foutent de nous. Je ne suis pas sûre que ça soit la teneur habituelle de ces réunions, mais c’était déconnecté de ce que nous voyions avec les gardiens de la paix.

OB : Pensez-vous qu’un jour en France police et société soient en phase ?

PT : Je pense qu’en France c’est difficile. Je trouve que d’un côté, malgré cette politique du chiffre, cet abattage pour les statistiques, il y a des choses qui se sont améliorées. Par exemple, sûrement parce qu’on était là avec une caméra, mais tout de même, on a entendu peu d’insultes, ils essayent de se tenir mieux.

OB : Cela dit un article récent du Canard enchaîné expliquait que les chiffres des gardes à vue explosaient littéralement et souvent pour des broutilles.
PT : Les policiers de base se comportent mieux dans l’ensemble avec la population, les gens et même avec les petits jeunes. Après il y a toujours les cow boys, les arrestations musclées, des coins de banlieue chauds où les insultes fusent de tous les côtés. Mais dans l’ensemble il y a un mieux de ce côté-là et du côté de l’accueil des gens qui viennent déposer plaintes dans les commissariats et dans l’écoute psychologique pour les femmes victimes de violences conjugales. Ils prennent des précautions. Mais cela ne veut pas dire que le nombre de gardes à vue baisse. Et effectivement, le nombre de gens qui sont placés en garde à vue pour des broutilles est hallucinant. Dans le documentaire, notre petite prostituée roumaine elle est menottée et placée en garde à vue. Le pauvre mexicain aussi, qui apparaît dans le film, on voit bien depuis le début qu’il est déséquilibré, il passe sept ou huit heures menotté en garde à vue avec de vrais délinquants, dans la cage. Il y a eu la prise d’empreintes, l’alcootest, alors qu’il n’a rien à se reprocher. Ce genre de mesures coercitives très dures se multiplie
Par olivier bailly - Publié dans : Patricia Tourancheau
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